Appel à contributions – No 42/2026
Langues. Discours. Cultures
Délai d’envoi des contributions : le 1er novembre 2026
Publication en ligne : décembre 2026
Responsable du numéro 42 : Raluca DIMIAN (ralucadimian@gmail.com)
Toutes les contributions seront envoyées sur l’adresse du responsable et sur l’adresse de la revue anadiss2023@gmail.com
Le concept de discours interculturel s’est imposé dans l’espace européen à partir des années ’90, faisant référence au phénomène général de la migration culturelle et à sa réflexion dans la littérature. Le chercheur italien de langue allemande, Carmine Gino Chiellino (Amour et interculturalité, 2001[1]) le définit comme le discours d’un auteur interculturel (un auteur qui est, le plus souvent, sujet de l’émigration, étant doué d’une mémoire biculturelle), thématisant une réalité intérieure/sa réalité intérieure, qui s’articule à la frontière de deux ou de plusieurs cultures. Dans son essaie Amour et interculturalité (2001) Carmine Gino Chiellino mentionne comme traits définitoires du discours interculturel la latence linguistique, la codification d’une mémoire biculturelle de l’auteur et l’implosion dans la monoculturalité. Par le terme de latence linguistique il comprend « le surgissement de la langue maternelle du protagoniste ou de l’écrivain à l’intérieur du texte d’une œuvre littéraire rédigée dans la langue d’une autre culture que celle de son origine. (Chiellino, op. cit., p. 104) En tant que langue latente fonctionne: 1) soit la « langue de l’origine culturelle du protagoniste, si le roman est rédigé dans une autre langue » (idem) ; 2) soit la langue de la « constellation de l’espace-temps dans laquelle l’oeuvre littéraire est partiellement ancrée » (ibidem). 3) Une variante de latence linguistique surgit lorsque la langue du texte est identique à la langue de l’origine de l’auteur, alors que le roman est publié dans un autre espace culturel que celui de son origine. Chaque langue latente « porte en soi une expérience appartenant au code d’une autre culture. Elle exprime une expérience qui appartient à une mémoire qui continue à vivre dans une autre langue. » (ibidem) La fonction de la langue latente consiste dans le fait qu’elle est employée dans le but de “couvrir ou de déterminer l’évolution d’une mémoire interculturelle chez le narrateur ou le protagoniste » (ibidem). La langue latente et la langue manifeste soutiennent un rapport d’échange d’informations : La langue manifeste exerce, le plus souvent, une fonction analytique, vérifiant le contenu de réalité du souvenir présent dans la langue latente à partir des éléments de l’espace, tels que les couleurs et les objets. La vérification s’accomplit par une large contextualisation de la dimension physique de la mémoire du protagoniste à l’intérieur de la mémoire historique, culturelle, politique et littéraire. L’explication de la langue latente par la langue manifeste laisse surgir des « moments et des espaces » (Franco Biondi) dans lesquels le moi resté à l’extérieur peut de développer en accord avec le passé et le présent.
Les théories sur l’articulation du discours interculturel, formulées par Carmine Gino Chiellino dans les années ‘90 et 2000, ont tracé les débuts de l’analyse interculturelle du discours de l’actualité. Nous sommes les témoins de l’une des plus grandes et des plus visibles migrations de l’histoire de l’humanité. Nous vivons à l’intérieur d’un complexe arsenal de signes, de symboles et de motifs associés à la réalité du dialogue/du passage entre les cultures. A cette réalité interculturelle de la société contemporaine correspond la réalité interculturelle du discours. La qualité essentielle d’une langue étant son rapport unique à l’espace ou bien sa capacité unique de l’exprimer, la langue étant une vision ouverte vers l’univers (à voir Jacques Derrida : Les yeux de la langue, Editions de l’Herne, 2025) les conditions du mélange culturel engendrent une complexité culturelle du discours, qui est, ipso facto, une complexité de vision. La réalité interculturelle engendrée par la migration se reflète à l’intérieur du discours interculturel.
Notre volume se propose de réaliser une synthèse des visions critiques sur le discours interculturel. Nos points d’intérêt seront les suivants :
- Le bilinguisme/le multilinguisme au niveau du discours littéraire. Analyse et interprétation.
- Le rapport entre la langue latente/les langues latentes et la langue manifeste/les langues manifestes du discours littéraire.
- Les formes, les rôles et les fonctions des langues latentes d’un récit littéraire interculturel.
- Les stratégies de construction littéraire du conflit interculturel.
- La dichotomie monoculturalité/interculturalité au niveau du discours de l’auteur ou du personnage/des personnages, mais aussi au niveau de la thématique ou de la psychologie du personnage/des personnages.
Les contributeurs sont invités à respecter les normes éditoriales décrites ici.
Bibliographie :
Chiellino, Carmine : Liebe und Interkulturalität. Essays 1988-2000, Stauffenburg, 2001.
Chiellino, Carmine : Interkulturelle Literatur in deutscher Sprache : Das ABC für interkulturelle Leser, Jahrbuch für internationale Germanistik, Reihe C, Band 10, Verlag Peter Lang, 2015.
Chiellino, Carmine : Am Ufer der Fremde. Literatur und Arbeitsmigration 1870-1991, Metzler, 1995.
Chiellino, Carmine : Interkulturelle Literatur in Deutschland. Ein Handbuch, Metzler, 2000.
Chiellino, Carmine und Shchyhlevska, Natalia : Bewegte Sprache. Vom Gastarbeiterdeutsch zum interkulturellen Schreiben, Thelem, 2014.
Derrida, Jacques : Les yeux de la langue, Editions de l’Herne, 2025.
Dimian-Hrgheligiu, Raluca: Sprachlatenz in der Erinnerungsliteratur der Chamisso-Preisträger: Dante Andrea Franzetti, Marica Bodrozic, in: Konzepte der Interkulturalität in der Germanistik weltweit (Ed. Renata Cornejo, Gesine Lenore Schiewer, Manfred Weinberg), Transcript Verlag, Bielefeld, 2020.
Hergheligiu, Raluca: Herta Müller interkulturell, Casa Cărții de Știință, Cluj, 2020.
Hergheligiu, Raluca: Sprache, die zum Raum wird. Zur Latenz der rumänischen Sprache in Herta Müllers Herztier, in: Pluralität als Existenzmuster. Interdisziplinäre Perspektiven auf die deutschsprachige Migrationsliteratur, Transcript Verlag, Bielefeld, 2016.
Hergheligiu, Raluca: Augen, die in der Sprache sitzen: Zur Latenz des Rumänischen in Herta Müllers Literatur, in Die fiktive Frau. Konstruktionen von Weiblichkeit in der deutschsprachigen Literatur (Ed. Elisabeth Berger, Anamaria Palimariu), Hartung-Gorre Verlag Konstanz/Editura Universității Alexandru Ioan Cuza din Iași, 2009.
Lengl, Szilvia : Interkulturelle Frauenfiguren im deutschsprachigen Roman der Gegenwart. Aspekte der interkulturellen Literatur und der Literatur von Frauen in den Werken von Rerezia Mora, Zsuzsa Bank und Aglaya Veteranyi im Vergleich zu den Werken von Nella Larsen und Gloria E. Anzaldua. Arbeiten zur neueren deutschen Literatur, Thelem Verlag, 2012.
Mahfoudh, Ahmed : La crise du sujet dans le roman maghrébin de langue française, Centre de Publication Universitaire, Tunis, 2003.
Ruiz Sanchez, Ana : La election de la lengua como proyecto de identidad, in Estudios filologicos alemanes : Revista del Grupo de Investigation Filologia Alemana, Nr. 6/2004.
[1] Notre traduction du titre allemand : Liebe und Interkulturalität. Essays 1988-2000, Stauffenburg, 2001.
Appel à contributions – No 41/2026
Intelligence artificielle : pièges et opportunités pour les sciences du langage
Délai d’envoi des contributions : le 15 mai 2026
Publication en ligne : juillet 2026
Responsables du numéro 41 :
Ludmila ZBANŢ lzbant@yahoo.fr et Ina SITNIC inasitnic@gmail.com;
Toutes les contributions seront envoyées sur les adresses des responsables et sur l’adresse de la revue anadiss2023@gmail.com.
Intelligence artificielle : pièges et opportunités pour les sciences du langage
Les origines de l’Intelligence artificielle (IA) « figurent déjà in ovo dans la philosophie des siècles précédents » et, « en un sens, l’IA est donc la philosophie de la connaissance » (Adler, 2023). En expansion à partir des années 1950, l’Intelligence Artificielle n’a cessé d’évoluer, mais c’est à partir des années 1980 que les ordinateurs accueillent des algorithmes « apprenants », dont l’efficacité est due à l’absence de l’émotion et de la subjectivité, conditions primordiales dans la recherche scientifique.
Les recherches modernes en sciences du langage ont réalisé des progrès visibles grâce aux tendances intégratives et à l’émergence d’un continuum communicatif holistique qui implique l’IA et cette synthèse transdisciplinaire fonctionne comme une nouvelle compatibilité des paradigmes conceptuelles des sciences du langage et d’autres sciences, tout en offrant un outil universel pour la recherche. D’un point de vue technique, ces développements reposent sur des modèles formels de l’intelligence et de l’action rationnelle, qui ont façonné les architectures modernes de l’IA et les pratiques de recherche (Russell ; Norvig, 2022).
Créée sous l’impact de « la troisième révolution technico-linguistique », l’IA « fait l’objet d’évaluations contrastées » (Auroux, Deschamps, Kouloughli, 2004), surtout que, un fois la digitalisation proliférée, les algorithmes deviennent « les gardiens », mais aussi « les manipulateurs » de l’information.
Force est de constater aussi qu’au-delà des débats sur les pièges et les opportunités ou encore sur les possibilités et les limites de l’intervention de l’IA dans les recherches scientifiques sur les langues et les langages, nous enregistrons aussi les paradoxes de l’équilibre dynamique entre l’Intelligence humaine et l’Intelligence artificielle. L’IA est un instrument très valeureux qui contribue à la vérification, à la synthèse et à la création, mais c’est l’Intelligence humaine qui s’occupe de la post-vérification (pour exclure les hallucinations de l’IA, un phénomène dans lequel un grand modèle de langage créé des résultats absurdes ou totalement erronés) et c’est l’Intelligence humaine qui est douée de la créativité, une condition absolue par exemple dans le cas des traductions littéraires.
Sur bien des points, les sujets se prêtent à des approches et des visions multiples et, dans le cadre du contexte esquissé, plusieurs thématiques peuvent être abordées dans le numéro 41 de la revue ANADISS pour ce qui est des approches de l’IA en interférence avec les sciences du langage, notamment :
- Intelligence artificielle et recherche (évolutions et développement des méthodes de recherches en sciences du langage, constitution et traitement des corpus etc.)
- Intelligence artificielle et sciences du langage (contributions à l’analyse textuelle, aspects sémantiques, problèmes morphosyntaxiques et lexicaux liés au traitement automatique des langues, les néologismes)
- Intelligence artificielle et traduction (types de traduction : littéraire, scientifique, pragmatique, automatique, intersémiotique ; recherche des équivalences ; stratégies de traduction ; erreurs de traduction)
- Intelligence artificielle et littérature (genres littéraires ; respect du style de l’auteur ; degré de créativité)
- Intelligence artificielle et métaphore (contributions de la linguistique cognitive)
- Intelligence artificielle et éducation (apprentissage des langues, communication scientifique, communication spécialisée)
Sans prétendre à l’exhaustivité, ce ne sont que quelques axes de réflexions qui peuvent être complétés.
Les contributeurs sont invités à respecter les normes éditoriales décrites ici.
Bibliographie :
Adler, Daniel, 2023, Intelligence artificielle, intelligence humaine : la double énigme. Paris : Éditions Gallimard.
Alonso, Elisa; Vieira, Lucas Nunes, 2021, The impact of technology on the changing role of the translator in globalized translation workflows. In: Esperança Bielsa et Dionysios Kapsaskis, dir. The Routledge Handbook of Translation and Globalization. Londres : Routledge, p.391-405.
Auroux, Sylvain ; Deschamps, Jacques ; Kouloughli, Djamel, 2004, La philosophie du langage. Paris: Presses Universitaires de France.
Briva-Iglesias, Vicent; O’Brien, Sharon; Cowan, Benjamin, 2023, The Impact of Traditional and Interactive Post-editing on Machine Translation User Experience, Quality, and Productivity. In: Translation, Cognition & Behavior, 6(1), pp. 60-86.
Chomsky, Noam, 2023, The False Promise of ChatGPT. The New York Times.
https://www.nytimes.com/2023/03/08/opinion/noam-chomsky-chatgpt-ai.html
Harari, Yuval Noah, 2024, NEXUS. A brief History of Information Networks from the Stone Age to AI. New York: Random House LLC/ Harari, Yuval Noah, 2024, NEXUS. Une brève histoire des réseaux d’information, de l’âge de pierre à l’IA (Traduit de l’anglais par David Fauquemberg), Éditions Albin Michel.
Koponen, Maarit, 2023; Dorothy Kenny (ed.), 2022, Machine translation for everyone: Empowering users in the age of artificial intelligence. The Journal of Specialised Translation, (40), pp. 353-356.
Kovari, Attila, 2025, Ethical use of ChatGPT in education – Best practices to combat AI-induced plagiarism. Frontiers in Education. Vol. 9, 7p.
Mounin, Georges, 1964, La machine à traduire. Histoire des problèmes linguistiques. London, Paris: The Hague, Mouton.
Ohashi, Louise, 2024, Machine translation in language education: A systematic review of open access articles. Kenkyu Nenpou: The Annual Collection of Essays and Studies. pp. 105–125.
Penet, J.C; Moorkens, Joss; Masaru, Yamada, 2025, Teaching translation in the age of generative AI: New paradigm, new learning? Language Science
Peng, Wang; Smith Pete, 2025, Multilingual Artificial Intelligence. Routledge
Popenici, Stefan, 2023, Artificial Intelligence and Learning Futures. Critical Narratives of Technology and Imagination in Higher Education. New York: Routledge.
Pym, Anthony; Hao, Yu, 2025, How to Augment Language Skills: Generative AI and Machine Translation in Language Learning and Translator Training. Routledge.
Stuart J., Russell; Norvig, Peter (ed.), 2022, Artificial Intelligence: A Modern Approach. Pearson Education Limited.
Wang, Ning; Wang, Hongtao, (eds.), 2025, Literary Translation in the Era of Artificial Intelligence. Challenges and Its Future Prospects. Vol. 69, No. 4, 143p.
Appel à contributions – No 39-40/202 Interférences discursives
Délai d’envoi des contributions : le 15 mai 2025
Publication en ligne : juillet 2025
Délai d’envoi des contributions : le 15 septembre 2025
Publication en ligne : décembre 2025
Responsable des no 39 et 40 :
Mariana ŞOVEA mariana.sovea@litere.usv.ro et anadiss2023@gmail.com
Interférences discursives
La réalité linguistique actuelle, où « langage, discours et société se co-construisent » (Boutet, Maingueneau, 2005) conduit le linguiste à constater la difficulté de construire des corpus d’étude homogènes, les frontières entre les différents types de discours étant de plus en plus perméables.
Ce constat n’est pas nouveau : il y a une vingtaine d’années déjà, les Carnets du Cediscor analysaient « Les rencontres discursives entre sciences et politiques dans les médias » (2000) ou « La perméabilité des frontières entre l’ordinaire et le spécialisé dans les genres et les discours » (2014) en essayant de montrer comment des aspects discursifs spécifiques à un type de discours (scientifique, spécialisé) viennent s’insérer dans un autre type de discours (politique, ordinaire) créant ainsi des discours ou des genres « hybrides », plus difficiles à identifier et à saisir par l’analyse.
La complexité de ce phénomène d’« hybridation discursive » et la multiplication des « mutations discursives » observées dans les différents types de discours expliquent l’attention croissante portée à l’interdisciplinarité et à l’interculturalité, en tant que concepts qui peuvent aider à saisir et expliquer ce phénomène. Patrick Charaudeau (2010), dans son travail « Pour une interdisciplinarité focalisée dans les sciences humaines et sociales », invite ainsi les chercheurs à reconnaitre leurs propres limites épistémologiques et à profiter des recherches effectuées dans des disciplines voisines afin de confirmer et légitimer les conclusions déduites dans un cadre de recherche monodisciplinaire.
Partant de ce constat, les numéros 39 et 40 de la revue ANADISS invite les contributeurs à identifier et à dégager des configurations discursives inédites nées du métissage des genres et des discours, à essayer de présenter les sources et les raisons de cette hybridité à travers des méthodologies de recherches spécifiques autour de plusieurs axes de réflexion :
Les contributeurs sont invités à respecter les normes éditoriales décrites ici.
Bibliographie
Boutet, Josiane, Maingueneau, Dominique, 2005, « Présentation », Langage & Société, 114, pp. 9-13
Bonnafous, Simone, Temmar, Malika, 2007, Analyse du discours et sciences humaines et sociales, Paris, Ophrys
Charaudeau, Patrick, 2010, « Pour une interdisciplinarité focalisée dans les sciences humaines et sociales », in Questions de communication no.17, Les cultures des sciences en Europe, Chavot, Philippe, Masseran, Anne (dir), pp.195-222
Cusin-Berche, Fabienne (dir.), 2000, Les rencontres discursives entre sciences et politiques dans les médias, Les Carnets du Cediscor no. 6, Paris, Presse Sorbonne Nouvelle
Darbellay, Frédéric, 2005, Interdisciplinarité et transdisciplinarité en analyse des discours : complexité des textes, intertextualité et transtextualité, Slatkine
Duchastel, Jules, Laberge, Danielle, 1999, « La recherche comme espace de médiation interdisciplinaire », Sociologie et sociétés no. 31, Les Presses de l’Université de Montréal
Langage & Société, 2005, « Approches interdisciplinaires des pratiques langagières et discursives », 114, Editions de la Maison des sciences de l’homme
Oger, Claire, 2013, « Formes et périmètres de l’interdisciplinarité : l’exemple de l’analyse des discours institutionnels », in Cahiers de recherche sociologique no. 54, pp.17-37
Rakotonoelina, Florimond (dir.), 2014, La perméabilité des frontières entre l’ordinaire et le spécialisé dans les genres et les discours, Les Carnets du Cediscor no. 12, Paris, Presse Sorbonne Nouvelle
